C'est l'heure de l'apéro !

Publié le par Molin Benoît

Edition du Samedi 20 Août 2005
Consommation / C'est l'heure de l'apéro !
 
De verre en amuse-bouche, il finirait presque par remplacer le dîner! Car les Français mordent l’apéritif à pleines dents : trois sur dix en organisent au moins un par mois, selon une étude du Crédoc (voir l’ interview ci-dessous).
Les affiches publicitaires de l’après-guerre pour des liqueurs («Ne prenez jamais la route aussitôt après un bon repas sans un petit verre de Cointreau», sic) sont désormais des collectors. «Avec les campagnes de modération en matière d’alcool, la tradition de l’apéritif se perd dans les restaurants et dans les bars», explique Pierrot, célèbre chef lillois.

« On se parle plus facilement autour d’un verre »

Du coup, on prend de plus en plus l’apéritif entre-soi, et chez soi. Plus simple et plus convivial qu’un repas traditionnel, il permet de fêter les petits et les grands moments de la vie sans chichis. Les Français invitent surtout des membres de leur famille (45%). On reçoit aussi de plus en plus les amis. Le cercle s’élargit aux voisins pour seulement un quart de nos concitoyens, et surtout en milieu rural. À l’occasion, on invite aussi des collègues (19%). Mais rarement son patron (7%).
«On se parle plus facilement autour d’un verre qu’à table. Et puis c’est l’occasion idéale pour faire connaissance: si on s’ennuie, on abrège sans vexer personne. Si ça se passe bien, on improvise ensuite un dîner», raconte François, 27 ans, étudiant, devant un gobelet de Pineau des Charentes. Cet apérophile trinque une fois par semaine en moyenne, en famille ou entre amis. «Le bon moment, c’est le vendredi soir, parce qu’on peut enfin prendre le temps de savourer l’apéro. C’est aussi un bon moyen pour découvrir les collègues sous un nouveau jour!
», précise sa petite amie, Maud, 26 ans, secrétaire de rédaction, qui préfère le kir.
«Les gens parlent beaucoup, de tout et de rien. Mais surtout des hommes. Et des femmes», confie Antoine, responsable de «La Part des Anges», bar à vins branché du Vieux-Lille, où les habitués prennent l’apéro de 19h30 à 21h30. En fait, on évite les sujets qui fâchent et on parle de la famille (22%), des loisirs (20%) et des sujets d’actualité consensuels (22%). Mais pas du travail (3%), ni de politique (4%), ni de la météo (2%)!
La règle d’or pour l’apéro, c’est… qu’il n’y en a pas. Sauf peut-être une, plutôt mystique, répandue chez les étudiants: «Il faut trinquer en regardant sa partenaire dans les yeux, sinon, c’est sept ans de malheur sexuel!», prévient François.
On reçoit de manière assez informelle, plutôt côté salon. «Le marché de la table basse est très porteur», assure-t-on chez Habitat.
En bois, en alu, lumineuse, peu importe.

La dînette
pour adultes


L’essentiel, c’est de désobéir au protocole : les convives squattent la banquette ou, mieux, se posent par terre sur des coussins. Et on joue à la dînette entre adultes: «Pour l’apéritif, on choisit plutôt des verres colorés et des raviers de toutes les formes. Tout sauf des ronds et des carrés!», rapporte-t-on au Bazar de Wazemmes à Lille. La marque Villeroy &Boch vient même de créer un plat qu’on peut tenir du bout du doigt et sur lequel on peut fixer sa flûte de champagne !

Tapas et apérisoupes
Il y a les puristes (Ricard +pétanque +chips). Et il y a les «nutritionnellement corrects», adeptes du finger food (manger avec les doigts). On met les petits plats dans les grands : brochettes, tartelettes, cakes, coquilles garnies et fruits farcis, tapas espagnoles et antipasti italiens. On avale d’un seul trait des apérisoupes (en portion individuelle) et autres jus de carotte ou de fraise. Et pas question de boire le Bordeaux sec ou la Tequila sans fantaisie. On mélange le sucré et le salé, la flamiche au maroilles et la pissaladière, le saucisson et les sushis. En devenant «dînatoire», l’apéro a franchi les frontières. La Sopexa, l’organisme chargé de promouvoir les produits agroalimentaires français à l’étranger, l’a bien compris. Le 2juin, avec le soutien des ministères de l’Agriculture et du Tourisme, il a convié 21 pays à son rendez-vous annuel mondial, «l’Apéritif à la française».

Brunch, slunch
ou drunch ?


«L’apéritif est un moyen simple et convivial pour montrer la diversité des produits français. En les consommant de manière ludique, on les désacralise», explique Claire Boé, chef de projet à la Sopexa. Il paraît que les Chinois ont adoré trinquer...
À vous de voir si vous êtres plutôt brunch (petit-déjeuner tardif), slunch (en fin d’après-midi) ou drunch (apéritif dînatoire version trendy). Mais vous n’échapperez pas à la fusion food (mélange des cultures culinaires) ni au dipping (qui consiste à tremper chips et légumes dans des petites sauces). Toujours à la bonne franquette, mais plus chic et... plus light.
À «La Marmite» de Capinghem, Pierrot remet au goût du jour les rillettes et le smout (saindoux) avec des échalotes. «Et puis souvent, pour l’apéritif, les dames me demandent une bonne bière…». Le brassage culturel enrichit le rite franchouillard de l’apéritif. Et ça vaut bien son pesant de cacahuètes!
C. L.

Sur le web

Lire
– « L’Apéritif : 200 recettes à boire et à grignoter », par Benoît Molin, pâtissier-cuisinier. Minerva. 22,80 €.

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